Fini les simples avertissements. Depuis vendredi 14 août, les contrôleurs économiques burkinabè multiplient les descentes musclées dans les marchés de la capitale pour traquer la spéculation sur les produits de première nécessité. Une offensive qui illustre la pression grandissante sur le pouvoir d’achat des ménages, dans un pays où l’inflation reste une préoccupation quotidienne.

La Brigade mobile de contrôle économique et de répression des fraudes (BMCRF), épaulée par l’ABNORM, la Brigade Laabal et la Police nationale, a mené une vaste opération dans plusieurs quartiers de Ouagadougou — les 1200 Logements, Dassasgho, Bendogo, Saaba — donnant lieu à des saisies, des fermetures de boutiques et l’interpellation de plusieurs commerçants. Objectif affiché : vérifier l’application des mesures fortes annoncées le 10 août par le ministre du Commerce, Serge Gnaniodem Poda, face à la persistance des hausses de prix sur le riz local, le sucre, l’huile ou le savon Citec. « Ces contrôles vont s’intensifier et couvrir l’ensemble des quartiers de Ouagadougou », a prévenu Sanibé Faho, coordonnateur général de la BMCRF, listant non-affichage des prix, reconditionnement frauduleux, stockage clandestin et vente de produits interdits comme la farine de blé importée.

Le changement de ton est net : les commerçants pris en faute ne seront plus seulement verbalisés. Selon les nouvelles directives ministérielles, ils seront désormais réquisitionnés pour exécuter des travaux d’intérêt général, en plus des amendes et fermetures administratives — une façon, selon la BMCRF, de « restituer aux consommateurs ce qui leur a été pris à travers la hausse abusive des prix ». L’opération a aussi mis au jour des pratiques plus structurelles, comme des intermédiaires irréguliers s’immisçant dans le circuit de distribution du ciment, allongeant la chaîne et renchérissant le prix final.

Cette fermeté intervient alors que le climat économique reste tendu : la hausse du prix du gasoil début août, conjuguée à une inflation que le gouvernement peine à contenir sous les 2%, nourrit un sentiment d’urgence sociale. En s’attaquant frontalement aux spéculateurs, les autorités cherchent à montrer qu’elles protègent le pouvoir d’achat des Burkinabè — un argument politique sensible pour une transition militaire qui a fait de la lutte contre la vie chère l’un de ses arguments de légitimité populaire. Reste à savoir si la fermeté affichée sur le terrain suffira à faire baisser durablement les prix, ou si elle ne fait que déplacer le problème vers l’informel.