Pendant que Ouagadougou accueille un forum sur la « dignité » humanitaire, la société civile burkinabè continue de payer le prix fort de la fermeture politique imposée depuis le coup d’État de 2022. Dissolutions d’ONG, disparitions forcées, enrôlements militaires punitifs : le Burkina Faso figure aujourd’hui parmi les pays classés « réprimés » par le CIVICUS Monitor, l’antichambre de la catégorie la plus fermée qui soit pour les libertés civiques.
Le 15 avril 2026, le ministre de l’Administration territoriale annonçait la dissolution de 118 organisations de la société civile, dont un nombre significatif d’associations pourtant actives et en règle avec leurs obligations légales, parmi lesquelles l’Action des chrétiens contre la torture (ACAT) ou la Coalition burkinabè pour les droits des femmes. Human Rights Watch, la FIDH et l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) ont dénoncé un mouvement de fond : au-delà de ce texte, ce sont près de 700 ONG qui auraient été suspendues ou dissoutes par la transition militaire selon des décomptes cumulés, dans un climat où toute critique du pouvoir expose à des représailles.
Le sort réservé aux journalistes et défenseurs des droits humains illustre la même logique répressive. Human Rights Watch documente des arrestations arbitraires, des disparitions forcées et des enrôlements militaires punitifs visant des voix critiques — une pratique qui consiste à mobiliser de force des opposants ou journalistes sous couvert de contribution à l’effort de guerre, les envoyant parfois sur des zones de combat. Entre juillet et octobre 2025, au moins six journalistes et trois militants précédemment enrôlés de force avaient été libérés ; d’autres conscrits restent, eux, toujours portés disparus. Le rapport mondial 2026 de Human Rights Watch qualifie la situation des droits humains dans le pays de « désastreuse » et en détérioration continue.
Ce climat de fermeture s’inscrit dans un contexte de guerre où le pouvoir de Ouagadougou justifie ces mesures par l’unité nationale face au terrorisme. Mais pour les organisations de défense des droits humains, cette rhétorique sert surtout à faire taire toute contestation, y compris pacifique, à un moment où le contrôle de l’information sur le conflit et sur la conduite des opérations militaires n’a jamais été aussi verrouillé. L’absence de couverture médiatique indépendante sur ces dissolutions, plusieurs mois après les faits, en dit long sur l’efficacité de ce verrouillage.