Peut-on être à la fois journaliste et « défenseur de l’image » du gouvernement ? La question se pose après une formation organisée fin juillet à Dédougou à destination d’une cinquantaine de journalistes, communicants, blogueurs et leaders d’opinion.
La rencontre était consacrée à la lutte contre la désinformation et à la « stratégie nationale de communication de guerre ». À son terme, un représentant du ministère de la Communication a appelé les participants à devenir des « ambassadeurs » et des « défenseurs de l’image du Burkina Faso ».
Lutter contre les fausses informations est évidemment nécessaire dans un pays confronté à une guerre et à une multiplication des contenus manipulés sur les réseaux sociaux. Mais la mission d’un journaliste n’est pas de défendre l’image d’un gouvernement.
Elle est d’informer.
La nuance est essentielle. Un journaliste doit pouvoir vérifier les affirmations de l’armée, enquêter sur une décision publique, interroger un responsable ou documenter un échec sans être accusé de nuire à la Nation.
En demandant aux professionnels de l’information de participer à la défense du récit national, les autorités entretiennent une confusion entre journalisme, communication institutionnelle et mobilisation patriotique.
Cette évolution intervient alors que l’espace médiatique burkinabè fait déjà l’objet d’importantes tensions et que plusieurs organisations internationales alertent sur les pressions exercées contre certaines voix critiques.
La lutte contre la désinformation ne doit pas devenir un prétexte pour remplacer une information indépendante par une information conforme.