À partir de ce lundi 10 août, le litre de gasoil passe de 675 à 750 FCFA au Burkina Faso, soit une hausse de 75 FCFA et d’un peu plus de 11 %. C’est la première augmentation du prix du gasoil dans le pays depuis quatre ans.

Le gouvernement justifie ce réajustement par le coût croissant des subventions publiques et par une consommation jugée anormalement élevée. Selon Abdoul Salam Gampené, président du Comité interministériel de fixation des prix des hydrocarbures, l’État aurait déjà consacré près de 60 milliards de FCFA depuis le début de l’année pour contenir les prix à la pompe.

Les autorités avancent également une explication plus particulière : des transporteurs venant des pays voisins profiteraient du prix relativement faible du carburant burkinabè pour venir faire le plein dans le pays.

La consommation de gasoil aurait ainsi dépassé 365 millions de litres en juin et pourrait atteindre 730 millions de litres sur l’ensemble de l’année si aucune mesure n’était prise.

Le gouvernement veut augmenter le carburant, mais pas les marchandises

Le pouvoir assure pourtant que cette hausse de 75 FCFA ne devrait pas entraîner d’augmentation des prix des biens et services.

Le président du Comité interministériel a même averti les commerçants et opérateurs économiques contre toute hausse « unilatérale ».

L’injonction paraît cependant difficile à tenir.

Le gasoil constitue directement une partie du coût du transport des marchandises, de l’agriculture, de la construction et de nombreuses activités économiques. Lorsque son prix augmente de plus de 11 %, demander que cette hausse n’ait aucune conséquence sur les autres prix ne suffit pas à supprimer son coût réel.

La question sera donc moins de savoir ce que le gouvernement souhaite que de constater ce qui se passera dans les marchés au cours des prochaines semaines.

60 milliards de subventions : quels choix pour l’État ?

Le gouvernement affirme que le maintien du prix précédent devenait difficilement soutenable pour les finances publiques.

Cet argument mérite d’être entendu. Subventionner durablement les carburants représente effectivement une dépense importante pour l’État.

Mais la décision pose également une question de transparence.

Comment les 60 milliards de FCFA annoncés ont-ils été calculés ? Quelle part de la consommation serait réellement liée aux véhicules étrangers ? Quelles mesures de contrôle ont été mises en place aux frontières avant de demander aux consommateurs burkinabè de payer davantage ?

Si le problème vient principalement de transporteurs étrangers profitant d’un prix subventionné, l’État doit expliquer pourquoi la réponse retenue consiste à augmenter le prix pour tous les Burkinabè, plutôt qu’à mieux cibler le bénéfice de la subvention.

Pour les ménages, le débat sera rapidement très concret.

Le chiffre à surveiller ne sera pas seulement celui affiché sur les pompes.

Ce sera celui du transport, du sac de céréales, des matériaux de construction et, plus largement, du panier quotidien des Burkinabè.