Il y a quelques jours à peine, Ouagadougou fustigeait le président nigérian pour avoir minimisé les sacrifices de ses armées face au terrorisme. Cette semaine, c’est pourtant vers Abuja que le Burkina Faso se tourne pour résoudre l’un de ses talons d’Achille : son enclavement numérique. Un double discours qui en dit long sur les limites de la rhétorique souverainiste face aux réalités géographiques.

Dans un compte rendu publié dimanche 16 août, les autorités burkinabè ont détaillé un projet visant à diversifier l’accès du pays aux câbles sous-marins internationaux en s’appuyant sur les infrastructures nigérianes. La question a été au cœur de la visite, le 12 août à Ouagadougou, d’une délégation conduite par le ministre nigérian des Communications, de l’Innovation et de l’Économie numérique, Bosun Tijani, reçu par sa homologue burkinabè Aminata Zerbo/Sabane. « Le Nigeria a aujourd’hui un vaste projet de connectivité qui devra lui permettre de s’interconnecter avec ses voisins. À travers cette interconnexion en passant par le Niger et le Bénin, le Burkina Faso peut rejoindre également ce projet », a expliqué la ministre, soulignant l’intérêt stratégique du Nigeria, où atterrissent plusieurs câbles sous-marins majeurs. Abuja prépare notamment le projet « BRIDGE », un réseau national de fibre optique de 90 000 kilomètres qu’il compte connecter aux frontières burkinabè.

L’enjeu est bien réel pour un pays sans façade maritime, aujourd’hui dépendant des corridors ivoirien, ghanéen et togolais pour toute sa capacité internationale. Diversifier ces routes permettrait à la fois de sécuriser la connexion en cas de coupure sur l’un des axes existants, et de faire baisser les prix : selon la Banque mondiale, chaque doublement de la capacité des câbles sous-marins en Afrique fait chuter le prix de l’internet fixe de 7% en moyenne, et jusqu’à 13% pour le mobile. Un enjeu social non négligeable dans un pays où 5 Go de données mobiles représentent encore 8,8% du revenu national brut par habitant, très au-dessus du seuil d’abordabilité fixé par l’UIT.

Reste le paradoxe difficile à ignorer. Quinze jours plus tôt, ce même Nigeria essuyait les foudres de la diplomatie burkinabè, sommé de retirer des propos jugés insultants sur la gestion sécuritaire de l’AES. La séquence illustre une constante des relations entre la Confédération sahélienne et son grand voisin anglophone : la fermeté affichée sur le terrain diplomatique et sécuritaire cède vite le pas au pragmatisme dès qu’il s’agit d’infrastructures vitales. Le « désenclavement numérique » burkinabè, aussi nécessaire soit-il, se construit ainsi sur les mêmes fondations que la souveraineté proclamée cherche pourtant à dépasser : la dépendance à des voisins que le pouvoir critique par ailleurs sans détour.