Près de Bamako, une opération de fouille dans la prison de Kénioroba a mis au jour un arsenal de contrebande sidérant : près de 2 000 téléphones portables, de la drogue, et surtout des munitions, dans un établissement qui détient plusieurs centaines de jihadistes. Un mois après une attaque directe de ce même centre par le Jnim, la découverte relance une question brûlante pour tout le Sahel, Burkina Faso compris : les prisons de haute sécurité sont-elles devenues le maillon faible de la lutte antiterroriste ?

L’opération « coup de poing », menée par la brigade d’intervention pénitentiaire malienne, a permis de saisir en moins d’une journée un premier sac d’une centaine de kilos de téléphones, puis environ 2 000 appareils introduits illégalement, ainsi que du cannabis, des amphétamines — et des munitions, découverte jugée « pour le moins inhabituelle » par les autorités. Les enquêteurs, désormais à la recherche d’éventuelles armes, doivent étendre cette campagne de fouille systématique à l’ensemble des centres de détention du pays. Une enquête a été ouverte pour identifier les responsables de ces trafics et colmater les failles de sécurité.

Le contexte donne à cette découverte une gravité particulière. Kénioroba, qui détient environ 2 500 prisonniers dont au moins 72 considérés comme des cibles de « haute valeur » par l’État malien, avait déjà été prise pour cible dans la nuit du 3 au 4 juillet par le Jnim, la branche sahélienne d’Al-Qaïda, lors d’une offensive coordonnée visant plusieurs localités du pays. L’assaut, repoussé après plusieurs heures d’échanges de tirs, visait vraisemblablement à libérer des détenus. Que des munitions circulent aujourd’hui à l’intérieur de cette même prison, un mois après une tentative d’attaque directe, interroge sur la solidité du dispositif de sécurité censé protéger l’un des établissements les plus sensibles du pays.

Cette faille malienne résonne au-delà des frontières. Le Burkina Faso, confronté au même ennemi jihadiste et engagé dans la même dynamique de reconquête territoriale au sein de l’AES, détient lui aussi dans ses prisons de haute sécurité, comme la MACO à Ouagadougou, des chefs terroristes capturés par son armée — avec le même risque documenté que ces lieux de détention deviennent des espaces de contact, voire d’organisation, entre prisonniers jihadistes. À l’heure où les trois capitales sahéliennes mutualisent leurs efforts militaires contre les groupes armés, l’épisode malien rappelle que la sécurité carcérale reste un angle mort de cette coopération régionale — et un objectif que le Jnim, comme l’a montré l’attaque de juillet, a clairement identifié comme une cible stratégique.