Ouagadougou accueille depuis lundi la deuxième édition du Forum humanitaire de la Confédération des États du Sahel (AES), couplée à la réunion des ministres en charge du Genre. Trois jours durant lesquels Burkina Faso, Mali et Niger veulent afficher un front commun sur une crise humanitaire que leurs propres politiques sécuritaires alimentent aussi.

Ouvert le 10 août par le Premier ministre burkinabè Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, le forum se tient sous le thème « De l’urgence à la résilience : vers un modèle intégré d’action humanitaire pour l’AES ». Le chef du gouvernement a appelé à bâtir un modèle sahélien fondé sur la « souveraineté, la résilience et la dignité », en rupture assumée avec les dispositifs pilotés par les agences onusiennes et les ONG occidentales. Les travaux, qui se poursuivent jusqu’au 12 août, doivent déboucher sur une « Déclaration de Ouagadougou » et accordent une place particulière au rôle des femmes dans la réponse humanitaire.

Le choix des mots n’est pas anodin. Depuis leur rupture avec la CEDEAO et une partie des bailleurs traditionnels, les trois juntes sahéliennes revendiquent une gestion « endogène » de l’aide, quitte à se priver de financements internationaux dont elles restent pourtant largement dépendantes sur le terrain. Or la réalité que ce forum tente d’habiller en récit de souveraineté reste brutale : le Burkina Faso compte parmi les crises de déplacement les plus aiguës au monde, avec des centaines de milliers de personnes toujours privées d’accès à l’aide dans les zones sous blocus ou disputées aux groupes armés. La bascule promise « de l’urgence à la résilience » suppose un accès humanitaire que les autorités elles-mêmes restreignent dans plusieurs provinces, notamment pour des raisons sécuritaires.

L’enjeu pour Ouagadougou est aussi diplomatique : montrer, à quelques mois d’échéances régionales importantes pour la jeune Confédération, que l’AES peut organiser sa propre architecture humanitaire sans dépendre des circuits qu’elle a en partie rejetés. Reste à savoir si la Déclaration de Ouagadougou attendue vendredi ira au-delà des principes pour fixer des engagements concrets d’accès aux populations les plus isolées — le vrai test de cette « résilience » revendiquée.