Le Ghana et le Burkina Faso ont signé, lundi 10 août à Accra, un accord de coopération en matière de défense destiné à sécuriser les voies commerciales transfrontalières. Six mois après l’assassinat de huit commerçants ghanéens de tomates près de Titao, ce texte scelle un réchauffement diplomatique inédit — et révèle, en creux, les limites du tout-sécuritaire vanté par la junte burkinabè et ses partenaires de l’Alliance des États du Sahel.
L’accord a été paraphé par le ministre adjoint ghanéen de la Défense, Cassiel Ato Baah Forson, et le ministre d’État burkinabè de la Guerre et de la Défense patriotique, le général Célestin Simporé. Il porte, selon Accra, sur « la sécurité et l’escorte » le long des « voies commerciales transfrontalières essentielles », afin de sécuriser les axes d’approvisionnement entre les deux pays. Côté burkinabè, on précise qu’il organise aussi l’escorte du matériel et des convois militaires.
Ce texte ne sort pas de nulle part. Le 14 février 2026, dix-huit commerçants ghanéens venus acheter de la tomate ont été pris en embuscade par des jihadistes près de Titao, dans le nord du Burkina Faso. Les assaillants ont séparé les hommes des femmes avant d’exécuter la plupart des premiers et de brûler leurs corps avec leur camion : le bilan, d’abord fixé à sept morts, est passé à huit. Accra avait alors freiné ses importations de tomates burkinabè et rapatrié par avion militaire les survivants.
Il s’accompagne d’un second geste politique : la réactivation de la Commission mixte permanente de coopération Ghana-Burkina Faso, en sommeil depuis six ans, et de sept accords annexes (permis de conduire, transit routier, tracé frontalier, lutte antidrogue). Il traduit surtout l’infléchissement assumé du président ghanéen John Mahama, qui a rompu avec la politique d’isolement de son prédécesseur Nana Akufo-Addo envers les juntes sahéliennes, multipliant les visites à Ouagadougou, Bamako et Niamey.
Mais ce geste de bonne volonté dit aussi, en négatif, l’échec d’une promesse : celle d’un Sahel « souverain », capable de sécuriser lui-même son territoire. Depuis 2022, la junte du capitaine Traoré a rompu avec la CEDEAO, expulsé les partenaires militaires occidentaux et vanté la reconquête du territoire face aux groupes armés. Or c’est précisément pour protéger la route de la tomate vers Accra qu’elle doit aujourd’hui solliciter l’appui d’un voisin resté membre de la CEDEAO. L’aveu est d’autant plus embarrassant que le rapport mondial 2026 de Human Rights Watch impute aux forces burkinabè et à leurs supplétifs la majorité des exactions contre les civils recensées depuis 2023, davantage que les groupes jihadistes eux-mêmes. Le discours souverainiste de l’AES, bâti sur le rejet de toute « ingérence » extérieure, s’accommode mal d’une réalité têtue : sans appui bilatéral extérieur, Ouagadougou ne parvient pas à garantir la sécurité de ses propres routes commerciales.
Reste à savoir si cet accord, centré sur l’escorte des convois, suffira à endiguer une menace jihadiste qui frappe déjà au cœur des circuits d’approvisionnement — ou si l’AES en tirera une remise en question, plutôt qu’un simple partenariat ponctuel de plus.
